Il n'y a que la surface de l'eau qui est lisse

 Comme tout se détériore. Comme tout se fane. Une année, un mois, un jour passent tels une seconde. Le temps glisse ; nous n'avons qu'à cligner des yeux qu'il nous a déjà éloignés. Nous avons disparus aussitôt nés.
 Mais les images. Le passé demeure dans un lieu, une odeur, un objet, une saison. Est-ce l'absence ou la présence qui est exacerbée ? Cette personne n'est plus là, et pourtant elle est partout. Un canapé. L'encadrement d'une porte. La lumière du soleil. Des marches d'escalier. 
 Le mouvement est incoercible. Nous avons été heureux comme nous nous sommes quittés : rapidement. Tout a une étiquette : "date d'expiration".
 J'envie ceux qui n'ont peur que de la mort : ils ne réalisent pas que nous mourrons chaque instant.
 Mais il faut vivre. Et chaque instant nous renaissons. Son fantôme disparaît plus lentement que sa personne, mais il disparaît. Tout meurt, tout vit : tout change. Il n'y a que la surface de l'eau qui est lisse. 

Commentaires

  1. Mélancolique, triste et visionnaire à la fois. On sent dans l'écriture les marques du passé et on sent dans le style d'écriture que ces marques sont et font la fille (femme would be better) que tu es aujourd'hui.

    Bravo, j'aime te lire! (Ton rdv de vendredi de l'année prochaine)

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